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Covid-19 : Impacts sur les startups et PME malagasy

Mis à jour : avr. 28

42,8% des startups et PME ne sont pas sûrs que leurs entreprises survivent cette période. 7,9% pensent que leurs entreprises NE survivraient PAS.

73,7% des startups et PME n'ont pas assez de cash pour fonctionner sans vendre sur une période de 3 mois.


84,9% des entrepreneurs pensent qu'il est probable qu'ils réduisent le nombre de personnel. 8,3 personnes par entreprise (moyenne de 1.036 postes dans 129 entreprises) pourraient perdre leur emploi.

A considérer
Cette étude a été effectuée auprès de 152 entreprises volontaires. L'échantillon n'est pas très grand donc elle ne peut pas obligatoirement être généralisée.

Contexte

La pandémie Covid-19 a atteint Madagascar en mars 2020. Ceci obligeait le gouvernement à prendre des mesures adéquates et a eu un impact négatif sur l'économie malagasy, qui est déjà au ralenti. Le taux de croissance a été revue à la baisse : de 5,5% à 1,5% (Source : madagascar-tribune.com).


Les startups, les PME et les très petites entreprises, n'ayant pas souvent de solidités financières sont gravement touchés. Il est très important que le gouvernement, les partenaires techniques et financiers, les diverses organisations internationales ainsi que les grandes firmes, répondent de manière appropriée pour soutenir ces startups et PME.


Tsialonina Consulting et le Groupe KENTIA HOLDING ont mené une enquête en ligne auprès de 152 startups et PME, du 25 mars au 15 avril 2020, afin de comprendre leurs sentiments, leurs attentes et leurs besoins durant cette pandémie.

Recherche objective

Cette pandémie a changé le monde tel que nous le connaissons en quelques semaines. Les relations et connections habituelles ont été freinées de manière inattendue avec l'arrêt des vols et la fermeture des frontières. Les villes ont été mises en quarantaine et/ ou confinement. Les entrepreneurs devraient changer de mode de fonctionnement en un temps très limité. C'est à cette effet, que cette recherche a été conduite. Elle vise à apporter quelques éléments sur comment COVID-19 a induit ces changements et ses impacts sur les startups et PME. Cette enquête a ciblé un échantillon afin de relever des opinions objectives.


Nous avons posé des questions sur les impacts de la pandémie sur les opérations, les adaptations et/ ou solutions en ligne, les capacités de survivre ainsi que les appuis souhaités auprès du gouvernement et/ ou du secteur privé.


Profil des startups et PME

L'échantillon est principalement composé de petites entreprises dont le nombre de salariés varie entre 1 et 10, ainsi qu'une poignée d'acteurs de l'écosystème entrepreneurial. Bien que 82,9% des participants soient situés à Antananarivo, certains ont des opérations dans les régions, voire les pays voisins. Des entreprises de différents secteurs ont participé à l'enquête. A part les 40,1% qui ont répondu par "Autres", les participants sont principalement composés de cabinets de conseils (7,9%), de CHR : Café, Hôtel, restaurant (7,2%), d'entreprises dans le Marketing et Communication (7,2%), de Startups : tech et nouveaux concepts (5,9%), d'entreprise dans les Textiles, habillements et accessoires (5,9%), des entreprises de BTP (bâtiment, construction et travaux publics (5,9%) ainsi que des Acteurs d'entrepreneuriat : incubateur, accélérateur... (5,9%).

Répartition des participants par lieu d'exploitation

Répartition des répondants par nombre d'employés

Les petites entreprises sont réputées comme des "créateurs d'emploi". 100 répondants sur 152, soit 65,8% de l'ensemble, emploient 1 à 10 personnes par entité.

21,7% des entreprises participantes emploient entre 11 et 30 salariés tandis que 4,6% engagent 31 à 50 employés permanents.

7,9%, soit 12 entreprises sur les 152 seulement, ont 51 ou plus de personnels.


Répartition selon les types de consommateurs finaux

50,7% d'activités des participants se font en Business to Customer ou B2C, c'est à dire le type de commerce qui recouvre les marchandises ou les prestations conçues pour le grand public. On parle ici de relation entreprises à client.

23,0% se font en B2B ou Business to Business. il s'agit ici d'activités commerciales nouées entre deux entreprises.

Les 26,3% restant font à la fois du B2B et du B2C. Autrement dit, les entreprises vendent à des particuliers et/ ou à des entreprises comme clients finaux.


Offre de produit et/ ou service?

39,5% des répondants offrent des services. Ceci reflète les tendances déjà évoquées par Sarah Marniesse dans son document de travail intitulé "Les micro et petites entreprises malgaches Dynamique et obstacles au développement" en août 1998.

28,3% offrent des produits tandis que les 32,2% restants proposent des produits et services en même temps.


Lire aussi : Motivation et barrières de l'entrepreneuriat à Madagascar


Impacts du COVID-19

COVID-19 a un impact sur de nombreuses facettes de notre société et l’entrepreneuriat en fait partie, avec 97,4% des opérations des petites entreprises affectées. 32,9% des entreprises seulement ont la possibilité de fournir leurs produits et/ ou services virtuellement. Aussi, la nécessité d'un contact avec les clients est très important (92,1%).


Supports des clients

Les types de soutien pour réduire l'impact négatif comprennent :

Payer les factures en instances/ Acomptes (10,3%)

Passer à la virtualisation des services (10,3%)

Autres : soutien moral, feedback (10,3%)

Accepter les reports sans annuler les contrats (8,3%)

Maintenir le niveau de facturation (5,1%)

Accepter les livraisons des produits (3,8%)

Flexibilité par rapport aux deadlines (3,2%)

Contribuer aux surcoûts : transports, masques (1,3%)

Non : 46,8% ne disposent pas de mécanismes de soutien alternatifs.


Ces éléments de réponses ont été recueillis à partir des réponses des participants à la question ouverte suivante : "Existe-t-il des moyens pour vos clients de vous soutenir pendant cette période? Expliquez s'il vous plaît !". Pour rappel, les questions ouvertes permettent de recueillir des réponses qualitatives riches en informations. Dans cette démarché, on laisse la possibilité de répondre sans limiter ou influencer par des réponses prédéfinies.


Trésorerie et liquidité

La majorité des startups et entreprises ne disposent pas de suffisamment de liquidités (73,7%) pour maintenir leur activité opérationnelle au cours des 3 prochains mois.

Les entreprises qui disposent de suffisamment de liquidités puisent leurs fonds dans les réserves d'entreprises (71,2%) et les ressources familiales (17,3%) tandis que d'autres capitaliseront sur les apports d'associés ou apports en comptes courants (7,7%) et les prêts bancaires (3,8%).

Avec les incertitudes macroéconomiques globales qui se profilent au cours des prochaines semaines, ces réserves pourraient être faibles. Les salaires et traitements (30,3%) seront les plus touchés. La baisse des ventes (23,5%), la difficulté de payer les loyers (18,3%) ainsi que la suspension des investissements (11,5%) seront les autres opérations affectées par la crise COVID-19. Viennent à la fin les difficultés de payer les divers débiteurs (8,7%) ainsi que la maintenance des immobilisations et actifs (7,7%).


Situation des emplois

84,9% des participants à l'enquête pensent qu'il est probable qu'ils réduisent l'effectif des employés. 8,3 postes par entreprise pourraient être perdus. Cette moyenne et tiré d'un ensemble de 1.036 postes qui pourraient être perdus auprès de 129 entreprises.


Nous voulions savoir ce qui pourrait influencer la réduction du personnel auprès des participants en posant la question ouverte suivante : "Qu'est-ce qui pourrait influencer votre décision de réduire le personnel? Expliquez s'il vous plaît !". Ci-après le résumé des réponses obtenues :

  • Baisse des ventes (31,9%)

  • Faute de trésorerie (24,6%)

  • Dégradation de la situation : pandémie (18,8%)

  • Annulation de contrat & suspension de collaboration (12,3%)

  • Autres (9,4%)

  • Indisponibilité des matières premières (2,9%)

Supports du gouvernement : ce que les PME attendent

Au cours des dernières semaines, le secteur public a détaillé divers mécanismes d'appui et d'allégement financier afin d'aider les startups et les petites et moyennes entreprises dans de nombreux secteurs. Cela inclue des paiements différés d'impôts et des charges sociales, ainsi que des allégements de remboursement des prêts.


Voici le résumé des réponses à la question ouverte "Que pensez-vous que le gouvernement devrait faire pour soutenir vos efforts?". Pour rappel, les questions ouvertes permettent de recueillir des réponses qualitatives riches en informations. Dans cette démarché, on laisse la possibilité de répondre sans limiter ou influencer par des réponses prédéfinies. Les participants ont également fait écho à ces mesures déjà prises, ainsi qu'à d'autres mesures. Nous avons pu résumer les propositions en 14 points essentiels suivants :

  • Réduire ou différer les impôts, taxes et charges sociales (29,6%)

  • Fonds de soutien : donation ou prêts pour le fonds de roulement (20,4%)

  • Allègement des charges de JIRAMA et loyers (11,2%)

  • Institutions financières : baisse de taux d'intérêts, différer les remboursements (9,2%)

  • Autres : sensibilisation, dotation des masques... (8,6%)

  • Soutien à l'emploi : prise en charge d'une partie des salaires par la CNaPS (7,9%)

  • Contenir la pandémie pour l’éradiquer le plus rapidement possible (4,6%)

  • Approche sectorielle : ouverture partielle des lieux présentant moins de risques (2,0%)

  • Continuité des services publics en instaurant le virtuel : centres fiscaux, EDBM... (2,0%)

  • Baisse du prix de la télécommunication pour faciliter le télétravail (1,3%)

  • Octroi des marchés publics aux PME (0,7%)

  • Mise en place des législations pour les paiements en ligne : Visa, Mastercard, PayPal (0,7%)

  • Centraliser et faciliter les commandes/ achats des intrants (0,7%)

  • Libre circulation des marchandises (0,7%)

Voici quatre réponses que nous voulions partager telles que cela a été écrit par les participants :

"Mettre en place un dispositif de suivi et de prévention pour tous ceux qui doivent travailler ... Négocier auprès des opérateurs téléphoniques (ndrl. fournisseurs d'accès internet - FAI) le tarif le plus bas afin de permettre à tout le monde le télétravail. L'Etat pourrait faciliter l'obtention d'un prêt auprès des banques pour les entreprises pendant et après cette crise. Ceci afin que des centaines d'entreprises ne ferment pas pour créer une nouvelle crise."
"Tokony tsy misy fandoavanketra sy ny mitovy aminy amin’ity taona ity, rehefa vita ny covid-19 dia avela hiasa malalaka tsy misy faneriterena ny pme, hisy filazana ho an'ny tompotrano fivarotana rehetra mba hiezaka hahazo ny mahazo ireo pme mpanofa amin’izao fotoana izao hisy fanohanana ataon’ny fanjakana ho an’ny pme izay vao hiarindoha indray aorian’ity valan’aretina ity ..."
"Dans le domaine de l’artisanat où je suis :
↗️ Aider les paysans à la culture à grande échelle de fibres naturelles ; 
↗️ Créer une école d’artisanat de haut niveau pour avoir les normes internationales ; 
↗️ Subventionner les entreprises pour les foires internationales ; 
↗️ Promouvoir les commerces équitables avec les pays du nord ; 
↗️ Créer des marchés aux normes ( hygiène, règlementation, stationnement, ...)"
"Jusqu'à ce jour, on note un parcours presque sans faute dans la prise de décision. Après, les questions d'organisation pouvant limiter ou amoindrir le ralentissement des activités sont plus au niveau des instances plus opérationnelles. À titre d'exemple : Le gendarme ou le policier de la route qui interdit le passage du camion et qui enquiquine pendant 24h avant de faire passer... C'est aberrant... Donc, s'il y a encore à faire c'est dans le volet communication mais cette fois, plus interne qu'externe."

Supports que peut apporter le secteur privé

Le secteur privé, généralement représenté par différents groupements, joue un rôle capital dans la mitigation de l'impact du covid-19 sur le fonctionnement des startups et PME. Madagascar compte plusieurs groupements dynamiques qui oeuvrent dans différents domaines de l'économie. Nous avons posé la question ouverte suivante à nos participants : "Que pensez-vous que le secteur privé devrait faire pour soutenir vos efforts?". Les réponses ont été regroupées en 9 points ci-après :

  • Se regrouper et négocier au nom de tous (34,2%)

  • Autres : collaboration entre entreprises (23,7%)

  • Planification ensemble de la relance (11,8%)

  • Création de mutuelle entreprises (11,2%)

  • Accord de délai de paiement factures (8,6%)

  • Prêts à taux bonifié entre entreprises (7,2%)

  • Appel à investissements (1,3%)

  • Solidarité : dons et sponsorings des GE (1,3%)

  • Promotion de la consommation locale (0,7%)

Le taux bonifié est un taux d'intérêt généralement inférieur à ceux pratiqués sur le marché. Il est consenti pour un prêt concernant une opération ayant un impact social ou économique important. Source : https://www.empruntis.com/
Les mutuelles sont des sociétés de personnes à but non lucratif organisant la solidarité entre leurs membres, et dont les fonds proviennent principalement des cotisations des membres. 
Source : Wikipédia

Nous aimerions partager avec vous quelques détails (copiés/ collés sans modification) de réponses à cette question par les participants :

"Le secteur privé devrait s'unir et avoir de dispositions communes pour faire face à la crise, même après la crise."
"La fidélité dans la relation client prestataire. Revoir les conditions de règlement pour les 3 mois à venir (réduction des échéances de paiement)"
"Rassembler les informations des entreprises formelles, même non membres d'un groupement (auprès de l'EDBM par exemple) et prendre contact avec les dirigeants pour participer ensemble à trouver des solutions ensemble et que les petites et moyennes entreprises même peu connues soient également considérées et écoutées."
"Les grands groupes devraient rester plus souples par rapport aux échéances  vis à vis des petites structures."
"Il y a environ 3.500 personnes qui vivent directement ou indirectement de l'activité de tuk tuk en tant que transport urbain sur Tamatave. Plus de 80% de ces gens sont des chauffeurs et des mécaniciens informels qui vivent au jour le jour de cette activité.
Plus de 50% des usagers de la route utilisent le tuk tuk comme moyens de transport en ville.
Les acteurs et les leaders d'opinion dans ce domaine devront se réunir et négocier avec le gouvernement pour trouver une solution ensemble afin de mitiger l'impact de cette crise au niveau de chaque individu et familles."

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