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Motivation et barrières de l'entrepreneuriat à Madagascar

Depuis 2008, on peut constater le développement de l'écosystème entrepreneurial à Madagascar. Si la création d'entreprises et de sociétés ont la plupart du temps été dominés par les investissements étrangers attirés par le coût et la qualité de main d'oeuvre (surtout dans la filière textile qui représente environ 30% du PIB), la question sécuritaire (malgré les crises politiques, Madagascar n'a jamais connu de guerre civile), les différentes réformes (guichet unique de création d'entreprises, la simplification du système fiscal, le tribunal de commerce, etc.), de plus en plus de jeunes locaux créent des entreprises, commerciales ou sociales, dans différents domaines.


Depuis 2008, l'année de notre participation au Global Entrepreneurship Week, cause à effet ou coïncide, l'entrepreneuriat s'est démocratisé et de plus en plus d'acteurs arrivent chaque année sur le terrain afin de renforcer davantage les rangs. Chaque année des activités de concours, de formation, d'accompagnement, de réseautage, etc. sont proposées par les acteurs mobilisateurs (institutions de financement, incubateurs, accélérateurs, coworking space, etc.).


L’entrepreneuriat figure dans la stratégie du Plan national pour le développement. Le Président a lancé une initiative nationale dénommée fihariana (élever si on traduit mot à mot mais c'est dans le sens de commencer petit). Dans son souhait de s'élever en tant que pays émergent (Déclaration effectuée par le Premier Ministre de Madagascar sur le Tribune de l'ONU à New York en 2019), notre pays a besoin de redynamiser son économie. Une redynamisation qui passe obligatoirement par la création d’entreprises, de valeurs et d’emplois.

Sur terrain, force est de constater que plusieurs entrepreneurs oeuvrent encore dans l'informel. Les diverses études rapportées le confirme. C'est à partir de ce constat que nous voulions apporter notre humble contribution à travers une enquête afin d'avoir un profil d'entrepreneurs et futurs entrepreneurs avec leurs perceptions sur les motivations et les obstacles de l'entrepreneuriat à Madagascar.

Cette enquête a été menée avec la collaboration de Koon-Space et l'appui technique de Taralila Marketing. Nous adressons nos vifs remerciements à ces deux partenaires pour leur contribution/ appui.


L'enquête a été effectuée avec des questions fermées et ouvertes sur google formulaire en ligne, du 21 octobre au 19 novembre 2019.

134 personnes ont répondu à l'enquête dont 64,2%, soit 86 personnes de sexe masculin et 35,8%, soit 48 personnes de sexe féminin.











39,6% des participants, soit 53 personnes sont des entrepreneurs avec des entreprises fonctionnelles, 59,7%des répondants, soit 80 personnes sont des futurs entrepreneurs, des gens qui souhaitent créer leurs entreprises et 0,7%, soit 1 seule personne, n'est pas entrepreneur et n'a aucune intention de créer une entreprise.

La suite de notre enquête se concentrera sur les 99,3% composé d'entrepreneurs et de futurs entrepreneurs dont 94,3%, soit 50 entreprises sont commerciales et 5,7%, soit 3 entités sont de type social.


Taux de formalisation

Dans les 53 entreprises déjà fonctionnelles, 92,5% représentant 49 entrepreneurs sont formellement constituées, tandis que 7,5% représentant 4 entreprises travaillent encore dans le secteur informel. Nous définissons comme « secteur informel » ici toutes les activités opérées en dehors du système fiscal et légal.


Secteur d'activités

Le commerce/ négoce et distribution est en tête, représentant 15,1% des participants, puis les services aux entreprises (13,2%), les conseils et études (9,4%), l'agri-business - y compris l'élevage (7,5%), le BTP (7,5%), la communication/ multimédia/ édition (7,5%), le tourisme (7,5%), l'agro-alimentaire - y compris les boissons et les alimentations générales (5,7%) et les autres secteurs.


Représentativité

L'enquête a été effectuée en ligne et accessible sur l'ensemble du territoire national. Nous voulions cartographier les participants selon leurs districts d'origine. 19 districts sur les 119 existants ont été cités. Antananarivo représente 67,2% des réponses avec 90 participants, suivi par Toamasina, 8,2% avec 11 participants, Toliara et Antsirabe, 3% chacun avec 4 participants de chaque, ensuite Ambohidratrimo, Fianarantsoa et Mahajanga, 2,2% de chaque avec 3 participants de chaque.

Cause à effet ou coïncidence, ces résultats reflètent en quelque sorte le dynamisme économique de chaque ville que nous avons conclu à partir des quantités de vente des PPN. Antananarivo, Antsirabe, Mahajanga, Toamasina et Fianarantsoa ont été les premières villes de consommation.


Motivation des entrepreneurs

Voici le résumé des réponses des 53 entrepreneurs à la question : "Qu'est ce qui vous a poussé à créer votre entreprise?". 43,4%, soit 23 participants ont évoqué l'existence d'une opportunité d'affaires comme raison principale de leur démarche, 28,3%, soit 15 participants avancent le soif de liberté et 9,4%, soit 5 participants ont fait le choix à la suite d'une perte d'emploi et/ ou faute d'emploi.

Barrières du développement de l'entrepreneuriat

A la question "Selon vous, lequel des obstacles cités ci-après bloque le plus le développement de l'entrepreneuriat à Madagascar?", nous avons récoltés les informations suivantes. Le premier obstacle du développement de l'entrepreneuriat est l'accès au financement selon 22,6% des entrepreneurs consultés. Vient par la suite la culture malagasy. 20,8% des participants jugent que notre culture constitue un frein au développement de l'entrepreneuriat. Les détails consultés des réponses font état de manque d'originalité, de manque d'initiative ou encore de culture entrepreneuriale. La législation et la corruption occupent chacune 13,2% des avis des participants. Il faut noter que la corruption n'a pas été mis sur la liste de choix multiple mais a été proposée par les participants à travers l'onglet "autres". La concurrence déloyale et la complexité du système de certification ont été évoquées dans les détails de la législation.

Viennent par la suite la difficulté de trouver des mains d'oeuvre (11,3%), le pouvoir d'achat de la clientèle locale (7,5%), la lenteur administrative (5,7%) et le manque d'idée originale, dans la sens de manque d'innovation et/ ou de créativité (5,7%).

Nous vous partagerons plus tard des témoignages d'entrepreneurs qui méritent d'être lus afin de lancer (ou relancer) le débat sur des points essentiels afin de donner l'occasion à une ou plusieurs solutions d'éclore.


Comme vous pouvez le constater, il s'agit d'une enquête plutôt quantitative avec des éléments qualitatifs récoltés lors de l'atelier organisé par le Groupe KENTIA HOLDING en novembre 2016. Nous nous sommes retenus de donner nos propres avis afin que l'enquête soit le plus objectif possible et que d'autres compléments d'information émergent des avis des participants.


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